La Famille

Saturday, March 11, 2006


LA FAMILLE
LA VIE DE
FAMILLE.



par JANET paul andre ( annoté par ANDRE pierre jocelyn )

( annotation Apj, j'apprécie cet ouvrage, car nous y trouvons une loi naturelle individuelle d'une valeur supérieure à la loi naturelle individuelle qui induit que
nous pouvons profiter du fruit de notre travail. La remarque est d'autant plus forte que cette loi se développe en loi naturelle sociale ce qui n'est pas le cas du capitalisme qui rejoint la loi citée dans cet ouvrage en imposant sa pensée, ce qui
revient à nous imposer une forme de cruauté. En d'autres mots, la fuite du néant illusoire et la recherche de l'éternité ne peut se faire qu'au travers d'autrui, et
ceci est une des causes premières de nos actes et bien développé nous entraîne à l'extase. Bien que ne faisant pas partie du domaine de la morale, j'aurais aimé
trouver plus de détail sur ce que nous nommons le coup de foudre. Cet aspect physique, charnel, qui induit que si l'homme révèle la femme, la femme révèle l'homme. Et j'aurais aimé trouver le niveau de raison de cet écrit, c'est la raison pour laquelle, je rajoute un de mes écrits : " Je pense qu'exister, c'est d'abord prendre conscience de l'unicité de ce qui est. En d'autres termes de prendre conscience de la contance universelle, malgré notre perception ; mais ceci n'est pas ouvert sans un certain degré de raison issue de la réflexion. Si ce n'est, il nous reste la fuite du
néant, la communication pour transmettre à l'éternité notre pensée, et si ce n'est, il reste encore un niveau barbare et cruel, qui impose à la matière à l'aide de concept un semblant d'éternité sur la matière.

Tu vie, tu pense et s'élève en toi cette foi, cette croyance qui t'arrache aux lois, aux lourdeurs d'une misère. Ta volonté crée, ces instants de vie et tant mieux s'ils sont
partagés pour mieux s'accélérer. L'aurore est de chaque instant, la lumière nous attire et nous éblouie, nul paupière ne peut te protéger de cette vie d'envolée. Ton crie est ta vie, ne perds pas ta voix, sur ce qui n'est pas. Ta douleur est ma douleur, ta joie est ma joie, sans toi je ne suis pas, reste avec moi.
)


Messieurs,
Le sujet que j'entreprends de traiter ici est du nombre de ceux où celui qui écoute sait autant et quelquefois plus que celui qui parle. Il y a là pour l'orateur un péril et un
avantage : un péril, car dans de telles matières, la nouveauté est impossible et l'originalité dangereuse ; un avantage, car nous aimons tous à entendre parler de ce que nous savons, et la comparaison de nos propres idées à celles que l'on nous propose nous procure un plaisir délicat que n'offrent pas d'ordinaire les matières savantes où la parole tombe de trop haut. D'ailleurs, j'aime les vieilles vérités, sans détester les nouvelles ; j'aime ces grandes banalités qui sont la raison éternelle, la raison pratique, la raison vivante du genre humain. Deux choses m'ont
déterminé au choix de mon sujet : son intérêt permanent et universel, et son opportunité. Est-il un homme dont la famille ne soit une partie de la vie, ou
présente ou passée ou future, chez qui ce mot prononcé ne fasse vibrer quelque corde, et dont il n'obtienne quelque sourire ou quelque larme ? D'un autre côté,
personne n'ignore, même parmi les moins initiés aux terribles agitations morales de ce siècle-ci, que la famille a eu de nos jours des adversaires et des détracteurs, et qu'elle a exercé l'esprit inventif des réformateurs. Sans même parler de ces nouveaux systèmes, dont il ne faut pas exagérer l'importance, quelques esprits peut-être
chagrins, peut-être clairvoyants, prétendent voir dans nos moeurs des signes de l'affaiblissement de l'esprit de famille. Ces symptômes n'eussent-ils pas la gravité qu'on leur suppose, c'est assez qu'ils se produisent dans une société pour qu'elle s'inquiète et se prémunisse : il est donc opportun de parler de la famille, soit pour la faire aimer, soit pour la défendre. Voilà nos motifs et voilà notre objet.

Mais quelle méthode emploierons-nous ? La plus rigoureuse et la plus décisive, à ce qu'il semble, serait de prendre à partie nos adversaires, d'écarter leurs objections, de
les repousser dans leurs retranchements, et une fois le champ libre, de vous exposer la théorie de la famille dans ses principes, et dans toutes ses conséquences morales ou sociales. Ce serait-là, je crois, Messieurs, la méthode savante : ce n'est pas celle que nous choisirons ; non pour complaire à un auditoire peu préparé aux discussions philosophiques, mais par des raisons plus hautes, que vous approuverez. La
polémique, qui est admirable dans l'ordre spéculatif et scientifique, a souvent ses périls dans l'ordre moral. Elle trouble plus qu'elle n'éclaire, et souvent celui qui s'en sert se blesse lui-même de ses propres armes. Il est surtout des sujets, j'ose dire, si susceptibles et si chastes, qu'il y a presque des inconvénients à y avoir trop raison. J'oublierai donc en commençant que la famille a eu ses adversaires ; et, la
considérant comme un fait non contesté, j'en ferai l'histoire et non l'apologie : mais de cette histoire, si elle est vraie et fidèle, sortira la meilleure des apologie, celle qui
résulte de l'assentiment irréversible d'un coeur bien né en présence de la vérité même.

Quand au plan de ces leçons, j'ai cru qu'il ne pouvait être trop simple. Je traiterai d'abord de la famille en général, puis de chacune des personnes qui la compose, et
je terminerai en répondant brièvement et discrètement à quelques objections malsaines qui circulent et planent dans l'atmosphère de notre temps et
auxquelles d'habiles écrivains ont prêté l'appui de leur enivrante et cruelle éloquence.

Le sujet de cette première leçon sera donc la vie de famille, son action morale sur l'homme, les épreuves qu'elle lui suscite, les efforts qu'elle exige de sa vertue, les récompenses qu'elle promet à son courage, enfin la part qu'elle a au bonheur
et à la sagesse, c'est-à-dire à l'accomplissement de notre destinée terrestre.

Je viens de parler du bonheur : qu'est-ce donc que le bonheur ? question agitée par toutes les écoles de philosophie, que dis-je ? par tous les hommes, et qui sera éternellement discutée, tant qu'il y aura des hommes qui souffre et qui pensent, et tant que les derniers mystères de l'âme et de la vie ne seront pas dévoilés. Sans
pénétrer dans ces profondeurs, et en empruntant au bon sens quelques idées très-suffisantes pour le sujet qui nous occupe, je crois pouvoir dire que le caractère le plus
incontestable du bonheur, celui auquel tout le monde le reconnaît, c'est la paix ; mais il y a deux sortes de paix : l'une, immobile et obscure, n'est que l'impuissance de vivre et de sentir : c'est la paix de la pierre et du cadavre ; l'autre est un épanouissement harmonieux de toutes les puissances d'un être vivant, sensible et raisonnable. Je ne parle pas de cet ébranlement passager et troublé que l'on appelle le plaisir et que peut éprouver même une créature très-malheureuse, mais de cette joie intime et profonde que procure à l'âme l'exercice d'une activité saine et la satisfaction d'un vrai besoin.

L'une des sources les plus vives et les plus pures du bonheur humain, ce sont les affections ; et parmi les affections, il en est deux qui paraissent entre toutes les autres convenables à notre nature et qui rempliraient le coeur de l'homme, si ce vaste coeur pouvait être rempli : c'est l'amour conjugal et l'amour paternel ou maternel. Ces deux affections répondent à deux besoins inséparables de notre être : le besoin de vivre en autrui, et le besoin de revivre en autrui.

Il n'y a rien de plus terrible pour l'homme que l'isolement : on en a vu la preuve, lorsque, dans ces derniers temps, une philanthropie généreuse ayant conçu des doutes sur la justice d'une peine antique et effroyable, a essayé de lui substituer la
peine de la solitude. L'expérience, dit-on, semble avoir démontré que cette peine nouvelle était plus cruelle encore que celle qu'elle voulait remplacer. L'homme ne peut supporter l'isolement, parce que, seul, il ne peut échapper à la pensée de son néant. Voilà pourquoi les hommes batissent des villes, nouent des sociétés,
donnent des réunions, courent aux promenades, ou entretiennent des intimités. Mais rien de tout cela ne suffit encore ; ce n'est pas assez de rencontrer au dehors une main amie, une parole sympatique, des coeurs affectueux : ce qui nous pèse surtout, c'est la solitude du foyer domestique, c'est l'intérieur vide et désert, c'est l'absence d'un être fidèle sur qui nous puissions compter dans la maladie, dans la joie, dans le chagrin et au moment suprême. Voilà pourquoi l'on voit souvent
l'ami s'unir à l'ami, le frère au frère, et, ce qui est le plus touchant encore, le frère à la soeur et le fils à la mère. Mais ces imitations ou démembrements de la famille ne sont pas toute la famille, ne sont pas la famille même ; ils n'en sont que l'ébauche ou
les débris. Il y a une association plus intime encore, voulue par la nature, dans laquelle la faiblesse se marie à la force, la grâce au sérieux, les molles tendresses à la
raison austère et le travail au plaisir ; association indispensable à la durée de l'espèce humaine et à la fois pleine d'enchantements pour l'individu.

Et ici il faut bien que je dise quelques mots, je vous en demande pardon, du sentiment qui donne naissance à la famille, sans lequel la famille ne serait pas, et qui doit avoir sa raison d'être, puisqu'enfin nous ne l'avons pas fait et qu'il vient de
celui qui a tout fait. Ce sentiment a deux caractères remarquables : une étendue extraordinaire et une puissance singulière de transformation. Il prend l'homme tout entier, par les sens et par l'âme ; et, dans l'âme, il touche, il ébranle toute les facultés, les plus vives et les plus sérieuses, les plus délicates et les plus profondes : l'imagination, l'esprit, le coeur, la raison même ; car, ainsi que l'a dit Pascal, qui n'a pas dédaigné d'écrire sur ce sujet profane des pages admirables : " l'amour et le raison
n'est qu'une même chose : c'est une précipitation de pensées qui se porte d'un côté, sans bien examiner tout, mais c'est toujours une raison. Les poètes n'ont donc pas
raison de nous dépeindre l'Amour comme un aveugle ; il faut lui ôter son bandeau et lui rendre la jouissance de ses yeux." L'amour est de tous les sentiments celui qui paraît avoir le plus grand regards vers les côtés mystérieux et indéfinis de notre destinée et de notre être. Voilà pourquoi il s'associe si bien à la poèsie, à la poèsie qui n'est pas seulement l'amusement de l'imagination et l'ornement de l'esprit, mais qui, dans les âmes élevées, est une partie de la vie même. Platon, qui, vous le savez, est le grand philosophe de l'amour, n'a pas craint de l'appeler un enthousiasme et un délire envoyé par les dieux. Je sais que cette exaltation produit souvent les effets les plus
déplorables ; mais ce n'est pas la faute du sentiment lui-même, c'est celle de l'homme qui ne sait pas le contenir et le gouverner. Tous nos sentiments, lorsqu'ils s'adressent à un esprit faux et à une volonté ferme, sont susceptibles d'égarements : ce n'est pas une raison pour nier ce qu'il y a de divin en eux. Une société qui ne saurait plus
reconnaître cette partie divine des sentiments, quelle que fût sa force extérieure, la splendeur de son luxe et de son industrie, serait une société condamnée à périr. D'ailleurs, l'exaltation est loin d'être indispensable au sentiment de l'amour ; car, nous l'avons dit, il s'accommode merveilleusement à toutes les situations de la vie
et à tous les caractères humains. naïf et paisible dans les coeurs simples, il peut être passionné sans désordre dans les âmes vives, héroïque ou contemplatif, quelquefois même presque religieux ; il peut naître en un instant ou résulter d'une longue
familiarité ; il peut avoir les apparence de la simple amitié ; il peut ne pas attendre le devoir et n'en avoir pas besoin pour rester pur et fidèle ; et quelquefois il naît
du devoir même, et nous voyons Corneille atteindre au sublime de la poésie et du pathétique, en nous peignant dans Pauline le passion inspirée par le seul devoir. Mais quelle que soit la forme que prenne ce sentiment, il ne faut pas compter sans lui. Si sa présence est souvent à craindre, son absence ne l'est pas moins. Il est bon qu'un oeil vigilant et qu'une main protectrice écartent d'une jeune imagination le péril des hallucinations romanesques ; mais il ne faut pas sacrifier aux conseils
stériles d'une raison sèche et rampante, de peur que des sentiments naturels non satisfaits dans la mesure qui convient ne cherchent leur aliment en dehors de l'ordre et de l'honneur. Je trouvais dernièrement dans un vieux livre indien, dans un code
qui n'a pas moins de trois mille ans de date, le code de Manou, une expression délicieuse pour rendre ce que nous appelons assez froidement en fançais un mariage d'inclination. Savez-vous comment ces vieux et immobiles Indiens appellent celà ? Le mariage des musiciens céleste. Eh bien ! Messieurs, cette musique céleste a son prix, et ce n'est pas seulement l'imagination, c'est la raison même qui conseille de ne point la dédaigner. Pardonnez-moi de plaider ici la cause d'un sentiment
justement suspect, et contre lequel on ne saurait trop se tenir en garde ; je ne l'aurais point osé, si je n'avais cru pouvoir me couvrir auprès de vous du nom de deux écrivains éminents, madame de Staël, M.Guizot, qui, l'un dans son livre De l'Allemagne, l'autre dans un article récent et univesellement applaudi de la Revue des deux Mondes, ont également défendu, avec autorité de leur haute raison, l'amour dans le mariage.

Il est vrai que la passion ne dure pas toujours, et n'a d'ordinaire qu'un temps plus ou moins long, que nous appelons en français d'une expression ingénieuse et délicate. Mais cela même a sa raison : car, s'il est nécessaire que l'homme, pour entrer dans les grands engagements de la famille, y soit entraîné tout entier, il importe que, pour suffire à ces engagements, il reprenne la possession de lui-même, et que l'imagination laisse le coeur libre de ne plus obéir qu'à la raison. Mais ce que le sentiment perd de sa fraîcheur, il le gagne en maturité. La fleur se fane, mais
les racines s'enfoncent, s'approfondissent et se multiplient ; et, sous cette intimité froide et monotone, telle qu'elle paraît aux yeux des indifférents, il y a des noeuds secrètements entrelacés avec tant de force que leur rupture déchire souvent d'une manière irremédiable le coeur de celui qui reste.

Puisque l'amour est un sentiment naturel et légitime, où doit-il trouver sa satisfaction ? dans la famille ou hors de la famille ? En dehors de la famille, Messieurs, ce sentiment manque de deux conditions indispensables au bonheur et à la paix : la sécurité et la dignité ; ces deux conditions, il les remplace par l'exagération. De là ces mouvements fébriles, violents, honteux, que des plumes corruptrices ont
présentés à nos imaginations faibles et fascinées comme l'idéal du bonheur, comme la seule tentation digne d'une âme libre et généreuse, mais qui ne portent en réalité au coeur qu'ils ont une fois subjugué que l'ennui, la honte et le désespoir.

De tous les sentiments humains, l'amour conjugal est donc celui qui satisfait le plus et le mieux au besoin de vivre en autrui, de s'appuyer sur autrui, qui, par conséquent, dissimule le mieux à l'homme son vide et son néant. Grâce à ce mélange de deux existences, la vie prend en quelque sorte plus de solidité. Appuyés sur un être chéri, nous croyons vivre, nous aimons à vivre, nous voulons vivre, et cela est un bien ; car, ainsi que l'a dit un philosophe, " la vie n'est pas la méditation de la mort, mais de la vie. " J'avoue que cette solidité n'est qu'apparente, et que cela même, comme tout
ce qui est sous le soleil, n'est que vanité. Mais on vous disait récemment avec finesse et éloquence que l'homme a besoin d'illusions, et on vous invitait à en chercher dans la vie fictive. Je crois rester fidèle à cette pensée en ajoutant que ces illusions, elles sont dans la vie réelle, qu'elles nous enveloppent de toutes parts, et que nous ne pouvons nous en détacher un seul instant. Nous bâtissons des maisons pour y reposer nos vieux jours, c'est une illusion, car nous mourrons demain ; nous plantons des arbres pour jouir de leur ombrage, c'est une illusion, nous ne sentirons pas leur parfum ; nous élevons des enfants pour en faire des hommes, c'est une illusion, nous ne verrons pas leurs couronnes ; nous nous appuyons sur le bras d'une femme aimée, ou nous lui promettons notre appui, c'est une illusion, car nous la laisserons veuve ou nous la pleurerons dans la solitude. Mais de telles illusions sont nécessaires : car le jour ou elles viendraient à nous manquer, il n'y aurait de paix pour nous que dans le tombeau.

Le second besoin d'où naît la famille, c'est celui de revivre en autrui. Il a la même cause que le precédent : l'ennui de soi-même et l'impatience de combler le vide de notre existence en la multipliant. L'homme aime tant à vivre qu'il veut vivre deux fois, de là l'affection conjugale, et qu'il veut se survivre, de là l'affection paternelle.

C'est de cet amour de la vie que naît le désir de l'immotalité. La religion satisfait à ce désir en promettant à l'homme une autre existence : mais cela ne suffit pas encore, c'est sur cette terre même que l'homme aspire à une sorte d'immortalité. Les uns la cherchent dans la perpétuité de leur nom ; l'amour de la gloire n'est qu'une des formes de ce vaste amour de l'être. Non omnis moriar, dit Horace, je ne mourrai pas tout entier. Voilà le cri des poëtes et des héros. Mais une telle immortalité n'est promise qu'à un bien petit nombre, et la plupart essaient de se donner le change en renaissant dans leurs enfants. On oublie que les cheveux tombent et blanchissent en voyant naître, grandir, mûrir autour de soi ces jeunes plantes si aimées. Vous
connaissez la belle expression de madame de Sévigné écrivant à sa fille : " J'ai mal à votre poitrine." C'était bien dire que les parents vivent de la vie de leurs enfants, souffrent de leurs souffrances et meurent de leur mort : et la pensée qui nous fait regarder les enfants comme des membres de nous-mêmes n'est pas une pure illusion ; c'est notre chair et notre sang, mais surtout c'est notre âme, ce sont nos
exemples, nos leçons, nos vertus ou nos faiblesses qui revivent en eux, et, si après nous ils méritent par leur conduite l'estime et le respect du monde, nous pouvons revendiquer une partie de ces hommages, comme nous devons nous-mêmes reporter sur nos parents une grande partie des éloges que nous pouvons
mériter ; et c'est ainsi qu'il se fait de génération en génération une tradition
heureuse ou malheureuse de vertus ou de vis, chacun recevant ou transmettant à son tour, par l'éducation et par l'exemple, une partie de lui-même.
( annotations Apj : Je pense que cette pensée doit être détaillée pour être mieux perçue et de manière à ne pas tomber dans un fatalisme qui retirerai toutes responsabilités. Je pense que chacun possède son libre arbitre et quelquesoit les idées du sang, l'histoire est là pour nous prouver que nous pouvons évoluer, et choisir de faire ce que nous jugeons
bien. L'héritage des idées est, mais la raison et le bon sens déterminent l'acte de l'honnête homme. L'éducation est un facteur important mais il s'éfface
devant la volonté. En d'autres termes, l'écrit de Jpa est vrai pour la plupart des être ayant peu de volonté. Cette note ne remet nullement en question l'héritage des
pensées, elle en définie juste la limite)
..


Ainsi la famille complète et perpétue notre être : elle l'étend dans l'espace et dans la durée. L'homme seul n'occupe qu'un point sur la surface de la terre, et en mourant ne laisse rien après soi. La famille étend ses rameaux envoie au loin ses rejetons et plonge des racines presque immortelles. La famille demande à l'homme le sacrifice de son être, mais elle le paie par l'augmentation de son être : elle le force à s'oublier lui-même, mais elle lui permet de se retrouver en autrui : elle concilie le bonheur de la personnalité et le bonheur du dévouement, et, dans un cercle bien circonscrit, elle
trouve la juste mesure si convenable aux besoins et à la puissance moyenne de la nature humaine entre l'égoïsme solitaire et l'abnégation absolue.

Tels sont les bienfaits de la famille, mais ces bienfaits ne vont pas sans difficultés et sans périls. Ces difficultés peuvent être ramenées à trois causes :
1° la nature des choses et les conditions inévitables de la famille ;
2° les circonstences extérieures, accidentelles, fortuites ;
3° la diversité des caractères.

1° La famille donne beaucoup, mais elle ne donne pas sans condition. Une des erreurs les plus communes est de tout exiger de la famille sans lui rien donner ; de lui demander le repos dans l'ennui, les soins dans la maladie, la gaieté dans la tristesse, mais de vouloir conserver en même temps tous les avantages d'une vie libre et dégagée. La vie libre a ses plaisirs, la famille a les siens. Vouloir jouir à la fois des uns et des autres c'est les manquer également. On ne retrouve pas à heure dite la
sérénité, la paix dont on a besoin ; ces biens ne résultent que de l'habitude. Pour jouir de la famille il faut y vivre, y rester, en accepter les liens. Cella Continuatadulcescit, dit l'Imitation, la cellule devient douce à force d'y demeurer. La
famille est une servitude : je ne dis point cela pour l'abaisser, mais pour la relever ; c'est une noble servitude où chacun se doit tout à tous. L'autorité elle-même dont nous défendrons la cause, car là est le salut de la famille, n'est encore qu'un exclavage, et la devise de la famille pourrait être cette belle et sainte parole : Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir. L'amour, suivant la doctrine de
tous les grands mystiques, car, à cette hauteur, les principes qui dominent la science de l'amour divin peuvent s'appliquer à la science de l'amour humain, l'amour n'est pas mercenaire : s'il demande sa récompense, il ne l'obtient pas ; il vit de
sacrifices, il est tout entier dans l'objet aimé, et comme cet amour est réciproque, chacun reçoit autant qu'il donne : exepté la dignité et la vertu, l'amour ne se
réserve rien, il est gratuit, il est pauvre, il est nu. Voilà ce qu'est l'amour, ou plutôt voilà ce qu'il doit aspirer à être : car dans les tristes conditions que nous fait la nature humaine, nous sommes obligés de descendre sans cesse de l'idéal au réel et de
l'inflexibilité des principes aux condescendances de l'application.

2° La famille, Messieurs, ne vit pas sans un certain nombre de conditions extérieues de différente nature : condition de fortune, de position, de naissance. Ces conditions sont très importantes, et elles peuvent contribuer beaucoup au bonheur ou au
malheur, à la bonne ou à la mauvaise conduite de la famille. Or, les devoirs nécessaires de la famille sont déjà par eux-mêmes assez difficiles ou assez
sévères pour qu'il soit inutile de les compliquer encore en méprisant ces convenances reconnues salutaires par l'expérience des hommes. J'approuve donc de tout mon coeur cette sagesse pratique qui écarte prudemment des jeunes unions les
contrastes de fortune ou d'éducation rarement conciliable avec la paix intérieure.
( annotation Apj, ceci serait vrai, s'il n'y avait une loi supérieure qui rend la notion de matière caduque, une loi qui transcende, une loi qui rend l'amour plus fort que la
matière. L'amour naturel au sens affinité est toujours plus fort que l'amour issue de l'habitude imposée par les convenances. L'idéal étant que les deux types d'amour se
rencontrent. )


Les parents entendent d'ordinaire merveilleusement ces règles de la prudence domestique. Les jeunes gens en feraient plus volontiers bon marché ; du moins était-ce ainsi autrefois, car on prétend qu'aujourd'hui les jeunes calculent aussi bien que les vieux.

Je n'en sais rien ; mais comme il y a deux sagesses, celle qui naît de l'expérience et de l'observation du cours ordinaire des choses, et celle qui puise aux inspirations hardies du coeur et ne connaît que la loi du devoir, je ne voudrais pas décourager les âmes intrépides qui, sachant ce qu'elles font et agissant avec une résolution droite et
réfléchie, sacrifient des convenances respectables sans doute, mais non point absolument obligatoires à l'avantage inappréciable de choisir selon le coeur. Mais j'y mets deux conditions : la première, c'est que ce choix ne vienne pas de la
légèreté ni d'une passion basse, la seconde, c'est qu'on mette autant de courage à supporter les difficultés qu'à les affronter.

3° La troisième espèce d'écueils qui se rencontre dans la vie de famille naît de la diversité et de l'imperfection des caractères. Sans doute il se rencontre des
unions parfaites où une singulière armonie de sentiments et d'humeur entretient une paix constante entre deux âmes nées l'une pour l'autre. Il est aussi malheureusement des unions désastreuses où l'opposition des caractères
amène de si tristes déchirements, que la loi elle-même est forcée, non pas de dissoudre, mais de suspendre un lien dont elle avait sanctionné l'éternité. Mais entre ces deux extrémités que je voudrais croire aussi rare l'une que l'autre, se place, à des degrés divers d'intimité, de confiance et de bonheur, la grande majorité des unions. Tous les caractères ayant plus ou moins leurs angles, il est bien difficile qu'un commerce de tous les instants ne donne point lieu à des frottements qui ne seront rien ou qui seront beaucoup, selon la sagesse des hommes. Insister sur ce mal, c'est l'envenimer ; les piqûres deviennent des blessures, et les blessures deviennnent des plaies. Se pardonner l'un à l'autre, se tolérer l'un l'autre est le seul moyen de jouir sans amertume des belles et saines émotions de la vie domestique. Tolérer les travers et les défauts des hommes est un devoir général de charité ; mais dans la famille,
c'est un rigoureux devoir de prudence : car celui qui ne supporte rien n'est pas lui-même supporté. Ce qui doit nous rendre cette tolérance facile, c'est la pensée que chacun a ses défauts et qu'on n'a pas le droit d'exiger des autres la perfection que l'on ne s'impose pas à soi-même.

Si nous avons réussi à éviter par notre sagesse tous les écueils où viennent échouer tant de famille, serons-nous pour cela parvenus à cette paix sans nuages que nous espérons toujours et que notre nature réclame avec tant d'ardeur ? Ce serait compter sans l'inflexible fatalité, parlons plus religieusement sans les épreuves que Dieu envoie à l'homme pour lui rappeler que sa destinée terrestre est incomplète et qu'il n'habite ici-bas qu'une tente d'un jour. Il y a quelquefois dans les familles des malheurs effroyables qui confondent l'imagination : il y a des privilégiés d'infortunes, tant il est vrai que l'égalité absolue n'est pas de ce monde. Heureusement
d'aussi grandes calamités ne sont pas communes. Mais quelque inégalement distribuées que soient les douleurs, nous en avons tous notre part. La douleur, elle est entrée dans la famille le jour où il a été dit à la femme : " Tu enfenteras dans la douleur ; " et depuis les premières inquiétudes que cause aux parents l'existence physique de ces êtres chétifs où la famille essaie de renaître, jusqu'à ces inquiétudes plus vives et plus pressantes qu'inspire l'existence morale du jeune homme ou de la
jeune fille aux prise avec les périls du monde, la vie de famille n'est qu'une longue angoisse adoucie seulement par le sourire de l'enfant ou les succès du jeune homme.

Et maintenant, Messieurs, la douleur, comme le disaient les écoles de philosophie ancienne, la douleur est-elle un mal ? Nous répondrons, comme le Stoïcien Posidonius, mais dans un autre sens que lui : Non, la douleur n'est pas un mal. La famille, qui ne vit que d'unité et d'armonie, tend sans cesse cependant, par
l'effet des passions humaines, à se relâcher et à se dissoudre. Pour entrer dans la famille, on n'abandonne pas les passions : le désir de l'indépendance, l'amour du
plaisir, beaucoup d'autres encore éloignent insensiblement le mari de la femme et les parents des enfants. La famille est-elle heureuse, elle jouit de ce bonheur sans le goûter, sans le savourer, presque sans le sentir, comme on jouit de la santé
dont les malades seuls connaissent bien le prix. C'est alors que la famille est en péril : l'homme va à ses affaires, la femme à ses plaisirs, et les enfants sont abandonnés aux
soins des gouvernantes et des précepteurs ; alors vient la douleur, et elle vient à propos. Voilà une jeune mère joyeuse, étincelante de luxe et de beauté ; le monde l'attire, le succès l'aveugle : qui ne sait le péril de ces adulations fascinatrice ? elle est frappée ! Voilà un père tout entier aux froids calculs ou aux fiévreuses combinaisons de l'ambition ou de l'amour du lucre ; il abandonne la femme, les enfants , le foyer domestique : il est frappé ! Voilà un ménage qui, avec une parcimonie sordide et sous prétexte de ménager l'avenir d'un unique enfant, lui refuse les choses nécessaires ou les plaisirs les plus innocents : il est frappé ! Par ces coups bienfaisants, par ces blessures heureuses, par ces diversions sanglantes, le sens moral rentre dans la famille, et la vraie destination du ménage apparaît dans sa sévère grandeur. Mais ces coups, dit-on, frappent les innocents comme les coupables. Je réponds : il n'y a point d'innocents. Sans doute, les douleurs ne se proportionnent pas exactement aux mérites et aux fautes, et c'est là une des plus fortes raison pour lesquelles la
philosophie et la religion promettent à l'homme l'immortalité. Mais la douleur a toujours plus ou moins un sens ; et si elle n'est pas un châtiment, elle est un avertissement. Tous ont besoin de leçons, tous ont besoin de menaces.

Mais j'entends qu'on me dit : Où donc est cette paix que vous promettiez en commençant, où est cette joie que l'on obtient que par la famille, que tout le monde cherche dans la famille, et au lieu de laquelle nous ne rencontrons que des embarras
inextricables et des douleurs déchirantes ? Messieurs, la paix que donne la famille à ceux qui savent en jouir, n'est, il faut bien le dire, qu'une paix humaine, c'est-à-dire une trêve ; c'est une paix troublée, interrompue, toujours menacée. La vie n'en a pas d'autre à vous offrir. Mais après cette paix passagère et savoureuse qui résulte du premier épanouissement de toutes les forces vives de la nature, il en succède une autre moins riante, sans doute, mais qui n'est pas sans prix : c'est celle qui vient de la patience, de la résignation, du courage en commun et de l'espérance.

J'ai fini ; je vous ai peint la vie de famille sans rien exagérer et sans rien cacher. Je vous en ai raconté les bienfaits, les périls et les épreuves ; et, à côté des aspects riants et séducteurs, je n'ai point craint de faire paraître les aspects sévères et tristes. C'est ainsi qu'il faut peindre toutes les grandes choses. Car elles ne sont pas grandes seulement par ce qu'elles ont de beau et de séduisant, mais encore par ce qu'elles ont d'escarpé et de terrible. Le beau entraîne l'imagination, et le terrible aiguillonne le courage.

J'aurais voulu, en nous séparant, vous laisser sous une impression douce : j'aurais voulu trouver des paroles vives et touchantes pour vous exprimer encore une fois, dans quelques derniers traits, l'image fidèle de cette vie domestique si saine au corps
et à l'âme, si fortifiante et si rafraîchissante à la fois, et qui, malgré les traverses dont elle est remplie, est encore, de toutes les situations de la vie, celle qui procure le plus de joie et de sérénité.





LE MARI








Messieurs,
Nous avons dit, dans la
dernière leçon, que nous
prendrions l'une après l'autre chacune des personnes de la
famille pour lui faire sa part, lui prescrire son rôle, lui fixer
ses devoirs et ses droits. Or, la première personne qui se
présente à nous, c'est naturellement l'homme, le
père de famille, ou, pour employer une expression plus
générale, le chef de famille. Il y a deux personnes dans
le chef de famille : le mari et le père. Nous traiterons
aujourd'hui du mari.


(
annotation Apj, comme dans tous les système sociaux, il existe
différents moyens de gérer, de la dictature à la
parité. Je pense qu'il faut tenir compte qu'à
l'époque de l'écrit, l'idée était que les
cellules végétales étaient des corps simples,
c'est Claude Bernard qui démontra le contraire, de même
l'idée était que la pensée de la femme
n'était pas assez élevée pour être
considérée comme pensée humaine à part
entière. Depuis le droit de vote et depuis l'autorisation de
posséder un compte banquaire, a imposé une reconnaissance
naturelle de ce qui est aux femmes, a savoir se sont des êtres
douées de raison. En d'autres mots, ce n'est pas le sexe qui
fait l'Homme, c'est sa pensée, sa raison.)
Le pouvoir, dans la famille, n'a
jamais été,
chez aucun
peuple, contesté à l'homme. Mais ne serait-ce point
là un long préjugé et une usurpation
traditionnelle ? Le momment n'est-ul pas venu de demander ses titres
à cette autorité comme à toutes les autres,
d'opposer à ce chef incontesté une nouvelle
déclaration des droits, enfin d'affranchir, et, comme on le dit,
d'émanciper la famille ?

D'abord, Messieurs, faut-il une
autorité dans la famille ? Il en
faut une, par cette première raison que, dans toute
société, une autorité est nécessaire. En
effet, les diverses presonnes qui composent une société
ont chacune leurs idées, leurs sentiments, leurs
intérêts divers ; et il est impossible que tous soient
d'accord. Qu'arrivera-t-il donc, s'il n'y a point de volonté
commune et unique qui fasse la loi ? Ou personne n'agira, ou tous
agiront en sens contraire. Mais il faut agir : l'inaction
entraînerait la ruine de la société. On agira donc,
mais en se divisant : or, cela même est déjà la
ruine de la société. Dans les deux cas, la
société périt, par inertie ou par anarchie. Il
faut, par conséquent, une autorité.

Outre ces raisons
générales, il y
en a de
particulières en faveur d'une autorité dans la famille.
Une société en général est composée
de personnes qui, prises en général, sont égales
entre elles. Mais la famille se divise en deux groupes
nécessairement inégaux : les parents d'une part, et de
l'autres les enfants. Or, quelque amoureux que l'on soit de
l'égalité humaine, on ne peut prétendre qu'il
doive y avoir égalité de volontés et de voix entre
ces deux groupes de personnes. Evidemment les enfants, qui ne peuvent
ni se mouvoir eux-mêmes, ni se nourrir eux-mêmes, ni enfin
s'instruire eux-mêmes, et qui, de bien longtemps, ne sont pas en
état, par leur inexpérience, de diriger leurs propres
actions, doivent être d'abord portés et nourris, puis
instruits et dirigés par d'autres : et à qui appartient
cette charge, et par conséquent ce pouvoir, sinon à ceux
qui, les ayant mis au monde, sont évidemment responsables de
leur existence ?

Par rapport à l'enfant, l'autorité des parents est une,
égale, solidaire : il doit également obéir
à l'ordre du père et à celui de la mère
sans discuter laquelle de ces deux autorités est
supérieure à l'autre. C'est à la sagesse des
parents de ne pas forcer l'enfant à soulever cette fatale
question, et de ne pas mettre son coeur en contradiction avec sa raison.

Mais cette question que l'enfant ne se pose pas, ou qu'il ne se pose
que très-tard et en tremblant, la philosophie et la morale
doivent se la faire. Car, entre deux personnes, même parfaitement
unies, il est difficile de rencontrer une constante uniformité
de vues, de sentiments et de volontés. Il faut donc une voix
prépondérante qui décide en dernier ressort, il
faut qu'entre ces deux personnes investies de l'autorité
domestique, l'une des deux ait le privilège de l'autorité
suprême.

Or, à quels titres se reconnaîtra cette suprême
autorité ? Ces titres sont la force et la raison. Evidemment, le
pouvoir appartient, dans la famille, à celui qui est assez fort
pour la défendre, et assez raisonnable pour la gouverner.

Ce n'est pas que je veuille en aucune façon faire reposer le
droit sur la force ; mais toute autorité a besoin de force pour
accomplir son devoir. Autrement ce n'est qu'une autorité
abstraite et impuissante. La force n'est donc pas le principe de
l'autorité, mais elle en est la condition.

C'est surtout à l'origine des familles et des
sociétés que la supériorité de la force
donne à l'homme un grand rôle à remplir, et par
là même un pouvoir incontesté : car la famille, mal
protégée par la société encore en enfance,
n'est guère couverte que par le bras de l'homme ; et si
l'autorité domestique est si puissante dans les
sociétés primitives, c'est qu'elle y tient en grande
partie la place de l'autorité politique. Mais, dans nos
sociétés civilisées, la famille court en
général si peu de périls matériels, que ce
rôle de défenseur armé de la famille a dû
perde de son importance. Cependant cette idée est encore
vivement empreinte dans l'esprit des classes populaires ; et, dans
toutes les classes, l'homme sait que c'est sur lui que repose la
tâche d'écarter ces périls, s'il se rencontrent. La
femme, héroïque à l'occasion, mais timide par nature
et par habitude, a besoin d'un défenseur qui défie pour
elle la violence et l'insulte. L'homme est le bras de la famille ; et
c'est une considération remarquable que, s'il n'en est point en
même temps la tête, il est réduit par là
même au rôle de serviteur mercenaire et de soldat
obéissant. Celui qui a la force, ne peut être que le
maître ou l'esclave ; alternative qui n'est pas vraie de la
femme, car elle peut ne pas être la souveraine maîtresse,
sans être pour cela la servante. Il lui reste un empire à
elle et une certaine souveraineté propre sur laquelle l'homme ne
peut empiéter sans injustice et ridicule.

La femme reconnaît volontier à l'homme le privilège
de la force ; mais je crains d'affliger une partie de cet auditoire en
plaidant encore pour celui-ci le privilège de la raison.



La famille



La femme



Le
père et la mère




L'enfant




Le
fils




La
fille




Le
siècle et la famille




L’œuvre
de Paul Janet

























LA FEMME


par Paul Janet

Messieurs,

J'ai parlé dans la
dernière leçon du chef de famille et du mari ; je
traiterai aujourd'hui du rôle de la femme dans la famille comme
maîtresse de maison et compagne de l'homme. Je réserve,
pour vous en parler à la fois, le père et la mère
dans leurs rapports avec les enfants.

Si l'homme a
la souveraineté dans la famille, s'il a la surveillance
générale et la grande direction, il est un empire
circonscrit sans doute, mais infini dans le détail et de grande
conséquence pour le bonheur de la famille, où la femme
exerce l'autorité immédiate et presque l'autorité
absolue. Cet empire, je ne veux pas en dissimuler le nom, c'est le
ménage.

Il y a plusieurs manière de comprendre le ménage : on
peut n'y voir qu'une occupation basse et grossière, indigne des
soins de la femme et qu'il faut laisser aux servantes ; ou bien une
nécessité humiliante à laquelle la femme doit se
soumettre, puisqu'elle ne peut faire autrement ; ou un devoir, mais un
devoir triste, froid, ennuyeux ; ou enfin, encore un devoir, mais un
devoir que l'on accomplit avec goût, avec intérêt,
avec passion.

De ces différentes opinions, laquelle est la véritable ?
La première est évidemment absurde. Il faut une
administration domestique : l'intérêt de la famille
l'exige impérieusement. Il importe peu que les grands
intérêts de la famille soient protégés au
dehors par le mari, si au dedans le désordre règne dans
le détail et dans la dépense. Mais à qui
appartient-il de s'occuper des soins intérieurs ? ce n'est pas
à l'homme sans doute : il a bien assez du travail du dehors, et
de la surveillance générale, sans être encore
accablé des milles détails de la vie de chaque jour.
D'ailleurs, il n'y est pas propre, et il ne pourrait devenir apte
et entendu qu'au détriment de facultés plus importantes :
enfin, si le ménage est au-dessous de la femme, à plus
forte raison est-il au-dessous de l'homme. Le ménage n'est donc
pas la fonction de l'homme ; et alors, s'il n'est pas celle de la
femme, à qui appartient-il ? Je n'ai pas besoin de dire que ce
n'est pas aux enfants : restent les domestiques. Mais se fiera-t-on
à l'intérêt, à l'honnêteté d'un
domestique, pour le salut de la famille ? est-ce pour la livrer
à un tel hasard que l'homme a consacré sa vie à la
femme, et que l'un et l'autre ont donné la vie à leurs
enfants ?

Le ménage est donc une nécessité pour la femme ;
mais est-ce une necessité humiliante, un joug servile qu'elle
n'accepte que par l'impuissance de s'en affranchir ? ce joug, c'est
elle-même qui le rendrait servile, en le subissant comme une
contrainte ; c'est elle-même qui se ferait servante, en prenant
les soins du ménage sans y attacher d'autre idée que
celle des servantes, et en payant par des soins tout matériels
la subsistance ou la sécurité que lui procure son mari.
(
annotation Apj, ces arguments sont ceux d'une autre époque,
l'homme à l'extérieur, la femme à
l'intérieur du foyer. Ceci est sans compter cette misère
qui a oté le travail aux hommes et qui induit qu'il est rare
qu'un salaire suffise à faire vivre une famille en
respectant les critères conditionnés, imposés par
la télévision. En d'autres mots, aujourd'hui le
ménage incombe à celui qui reste à la maison,
sinon il est partagé par respect. Les arguments
présentés ne sont plus d'actualité. Mesdames
à vos réactions, je les rajouterai dans les limites de la
raison, ce texte est là pour être commenté ).

Ainsi l'humiliation qu'elle trouve dans le ménage est tout
à fait volontaire. D'ailleurs, si le ménage est une
nécessité pour la femme, il est pour elle un devoir : car
chacun est tenu à faire ce que nul ne peut faire à sa
place ; et la nécessité en se transformant en devoir perd
ce qu'elle a de désagréable pour l'amour-propre, et de
révoltant pour la fierté : ce n'est plus une loi brutale
à laquelle on cède malgré soi, parce qu'on ne peut
faire autrement ; c'est une loi raisonnable à laquelle on
obéit parce qu'elle est raisonnable.

Le ménage est donc un devoir ; mais est-ce un devoir qu'il faut
simplement remplir sans s'inquiéter de le remplir avec charme,
avec plaisir, avec joie ? En général, le devoir sans
plaisir est-il bien rempli ? lorsqu'on ne cherche pas à faire
plus que son devoir, fait-on bien tout son devoir ? et fait-on plus que
son devoir, sans passion et sans amour ? il est des moralistes
austère qui ont soutenu cette doctrine, que c'est comprmettre et
altérer le devoir que d'y mêler le moindre plaisir,
même le plaisir de faire son devoir. Le philosophe allemand Kant
soutenait cette opinion : son compatriote schiller le critique finement
dans cette jolie épigramme : " j'ai du plaisir à faire du
bien à mon voisin, cela m'inquiète." Aristote, qui
était un bien grand moraliste, a défini l'homme vertueux
celui qui prend plaisir à faire des actes de vertu. Cette belle
définition pourrait facilement se justifier en théorie ;
en pratique elle est inconstestable. Le ménage doit donc
être pour la femme un devoir agréable, elle doit s'y
plaire, s'y livrer avec sérieux et enjouement ; elle y est
admirablement propre ; son esprit ami des détails, peu fait pour
les idées abstraites, se déploie et se joue heureusement
dans les milles soins de l'administration intérieurs que le
ménage ne puisse donner l'occasion de vertus hautes, nobles ou
délicates. L'économie, par exemple, est une vertu bien
humble et bien commune : on ne se vante guère de l'avoir, on se
vante souvent de ne l'avoir pas : et cependant, si par
l'économie la femme épargne le travail et les jours de
son mari et réserve après elle un morceau de pain
à ses enfants, si par l'économie elle sauve la
considération de sa famille, et, sans chercher à
éblouir les yeux par unéclat emprunté qui ne cache
point l'indigence, elle commande le respect par une dignité
modeste et une fière simplicité, cette vertu que l'on
traite de prosaïque ne peut-elle pas être appelée
à bon droit une vertu héroïque, dans un temps
où elle est si difficile à pratiquer et dans une
société consumée par les rivalités du luxe
et l'insatiable besoin de paraître ?

l'ordre, la règle, est la vertu bien froide et bien peu
attachante : et cependant, l'ordre dans le ménage, c'est
déjà l'ordre dans les pensées, dans les
sentiments, ce n'est point tout le bonheur, mais c'est une partie du
bonheur, ce n'est point la sagesse, mais c'est une des conditions de la
sagesse.





La famille



Le mari




Le
père et la mère




L'enfant




Le
fils




La
fille




Le
siècle et la famille




L’œuvre
de Paul Janet
























LE PERE ET LA MERE


 
Messieurs, style="font-weight: bold;">

Quel que soit le charme du lien qui attache l'homme à la femme
dans un ménage bien uni, ce n'est pas pour se livrer au plaisir
d'un tel sentiment que la famille a été instituée.
C'est l'erreur de nos prédicateurs de roman de nous enseigner
que la passion est toute la vie ; même légitime, elle ne
l'est pas : elle n'est que l'attrait qui rend plus faciles les devoirs
austères de la vie domestique. Or, les plus importants de ces
devoirs, ce sont ceux de la paternité et de la maternité.
La famille prend un aspect à la fois plus sérieux et plus
animé, aussitôt qu'on y voit paraître les enfants.

Quelques uns ont voulu enlever l'enfant à la famille pour le
donner à la société, à l'Etat :
c'était commettre une grande méprise ; car l'enfant doit
appartenir évidemment à ceux sans lesquels il ne serait
pas. D'abord, c'est onérer la société d'une charge
dont elle n'est point responsable ; et de plus, elle n'a pas de droit
sur cet enfant, puisqu'elle n'est attachée à lui par
aucun lien précis ; enfin elle n'offre point une garantie
sufisante, et on ne peut attendre d'elle qu'une sollicitude vague et
générale, si même elle n'est pas partiale en faveur
de ceux dont elle espère le plus d'avantages. Au contraire, les
parents ont évidemment la charge de l'enfant, puisque c'est par
eux qu'il existe ; mais cette charge leur crée par là
même un droit ; car comment seraient-ils responsables de cet
être qu'ils ont cré, s'ils ne pouvaient en disposer dans
une certaine mesure ? Il y a entre les parents et l'enfant un lien
physique, un lien de coeur, et un lien de raison : aucune
autorité ne repose sur des principes plus naturels, aucune n'est
plus necessaire, aucune n'est entourée de plus grandes garanties.

Les parents ont un droit d'autorité sur l'enfant, mais non un
droit de propriété. C'était à Rome un abus
de l'autorité paternelle, que d'accorder au père le droit
de vie et de mort sur ses enfants, le droit de les vendres, enfin d'en
disposer comme d'une chose. Tout le pouvoir du père sur l'enfant
est limité par l'intérêt et les droits de l'enfant
lui-même : au delà de ce qui peut être utile
à son existence physique et morale, le père ne peut rien
; il ne peut donc pas avoir le droit exorbitant de condamner son
enfant, soit à la mort, soit à l'exclavage.
C'était confondre le pouvoir paternel avec la magistrature
politique : ce n'est qu'au point de vue de l'intérêt
social qu'un être humain peut être mis à mort, ou
réduit en captivité : or, le père ne
représente pas la société, il représente
l'enfant lui-même, il est la raison de l'enfant. La famille ne
doit pas plus usurper le gouvernement politique, que l'Etat le
gouvernement de la famille. La loi, en France, a donc eu raison de
détruire les derniers vestiges de cette autorité mal
entendue qui faisait du père un magistrat de police,
plutôt qu'un véritable père. C'est une erreur d'en
conclure, comme on le fait souvent, à la diminution de
l'autorité paternelle ; il est vrai que les fonctions
paternelles deviennent par là même plus difficiles ; car
n'ayant plus la force, il faut gouverner par la seule autorité
du caractère ; mais c'est aussi là qu'est la
vérité ; car le père doit être
respecté pour lui-même, et non pas comme armé de la
force publique.





La
famille


 

Le mari




La femme



L'enfant




Le
fils




La
fille




Le
siècle et la famille




L’œuvre
de Paul Janet

























L'ENFANT


Par Paul Janet



Messieurs,

L'enfant est la fin et le noeud de la famille : c'est par lui, c'est
pour lui qu'elle existe. C'est la promesse de cet être nouveau,
gage de la durée de l'espèce humaine, qui ennoblit le
rapport des sexes ; c'est la sécurité de cette
créature fragile, c'est l'intérêt moral de cette
âme innocente qui fixe le lien conjugal. L'enfant, c'est la vie
et la vertue de la famille. Par l'enfant, la famille se rattache
à l'humanité : elle lui prépare un nouveau membre,
qui viendra à son tour payer sa dette de travail et de
sacrifices.

Quelle que soit la bassesse apparente de ce petit être qui,
lorsqu'il vient au monde, est à peine différent de
l'animal, la philosophie ne doit point dédaigner cette
première ébauche de l'humanité. Au moins doit-elle
le considérer avec intérêt dès le moment
où point en lui la première lueur d'intelligence. On peut
dire que la vie morale de l'enfant commence avec le premier sourire, ce
sourire, si doux à l'oeil des parents, si indifférents
aux étrangers, mais si digne d'attention et d'admiration pour
l'observateur et le philosophe qui y découvrent en quelque sorte
l'éclosion d'une âme raisonnable.







La famille



Le mari




La femme



Le
père et la mère




Le
fils




La
fille




Le
siècle et la famille




L’œuvre
de Paul Janet

























LE FILS


Par Paul Janet



Messieurs,

Nous avons parlé dans la dernière leçon du jeune
enfant sans distinction de sexe : ce que nous avons dit est aussi vrai
du petit garçon que de la petite fille. mais plus tard, les
différences augmentant avec l'âge, le fils et la fille
donnent lieu à des considérations très
différentes. Nous traiterons du fils dans cette leçon, le
prenant à cet âge où, livré à
lui-même, et entraîné loin des soins de la famille,
il commence à avoir la responsabilité de ses actes.

Avant d'arriver au moment où une séparation
décisive s'opère d'ordinaire entre la famille et le fils,
disons quelques mots d'une première séparation, dure aux
mères, dure aux enfants, mais qui, malgré son
impopularité, est juste, salutaire, souvent nécessaire.
Je ne veux point tromper la tendresse maternelle en lui vantant les
douceurs du collège, ses joies, ses jeux, ses naïfs
plaisirs. Je ne dirais pas : Le collège est le plus beau temps
de la vie. Non, la vie du collège est laborieuse,
désagréable, et c'est par là qu'elle est bonne. Je
connais les tristesses de la vie du collège, je connais ces
longues heures où, tandis que l'oeil est fixé sur un
livre qu'on ne lit pas, l'imagination flotte et rentre au foyer
domestique auprès de la mère et des soeurs. Mais le
collège par ses douleurs mêmes est l'épreuve des
caractères et l'école des fortes vertus. Etes-vous
sûr que votre enfant ne rencontrera jamais aucune traverse, que
la vie lui sera toujours facile et douce, qu'il n'aura qu'à
passer de la tendre tutelle de la mère à la douce
compagnie d'une épouse, gardez-le paisiblement auprès de
vous ; laissez-le jouir d'une enfance commode ; évitez-lui les
rudes labeurs, la triste contrainte, la règle froide, les
visages étrangers, les grandes rivalités, les jeux
violents, toutes ces terreurs de la mère ; mais, si vous ne
pouvez répondre de rien, et si vous n'êtes pas
maître de sa vie future comme vous l'êtes de sa vie
présente, ne craignez pas l'épreuve de l'éducation
hors de la famille. Le collège apprend à l'enfant bien
des choses utiles : la règle, car dans la famille la
règle la plus stricte est encore complaisante et inégale
; le travail, car le travail dans la famille est trop facilement
relâché, suspendu, interrompu ; la justice, car dans la
famille la plus étroite est encore mêlée de faveur
; l'émulation, car au collège tout est émulation,
et celui qui n'est point le premier en thème veut être au
moins le premier à la balle ou à la course ; la
sincérité et la loyauté, car il n'y a rien dont
les enfants ont tant horreur que de l'hypocrisie et de la
délation ; la patience, car les enfants sont méchants et
se tourmentent les uns les autres ; le courage, car au collège
il faut se défendre soit-même, et un point d'honneur
étroit interdit d'appeler le secours du maître ;
l'amitié, car c'est au collège que se nouent les plus
fortes amitiés ; enfin il lui apprend la vie, car là,
comme dans la vie ; on n'obtient que la place que l'on conquiert,
personne ne vient au-devant de vous, l'enfant, comme l'homme plus tard,
est livré à lui-même en face d'une règle
inflexible, sans autre protection que son mérite, sa propre
volonté, ses bonnes intentions.







La famille



Le mari




La femme



Le
père et la mère




L'enfant




La
fille




Le
siècle et la famille




L’œuvre
de Paul Janet




LA FILLE





Par Paul Janet






Messieurs,

Vous savez d'avance de quel sujet je veux vous entretenir aujoud'hui ;
je n'ai point à demander pardon de traiter un sujet si difficile
et sur lequel j'aurais bien aimé pouvoir me déclarer
incompétent ; mais l'ordre de ces études m'y amène
naturellement. Si je réussis, mes précautions sont
inutiles, si je ne réussis pas, elle le sont encore d'avantage.
d'ailleurs, il est bien entendu que ces études ne sont que des
essais, des tâtonnements, des propositions que je soumets
à votre expérience pour les compléter, ou les
corriger.

L'éducation des filles est une oeuvre bien plus difficile que
celle des jeunes gens. l'homme est toujours quelque chose de plus
mêlé et de plus confus que la femme ; on lui passe
beaucoup de mal pour un peu de bien : pourvu que l'essentiel y soit, on
est aisément satisfait. D'ailleurs, la jeunesse a ses
privilèges : on ne juge point un homme fait sur ce qu'il a
été jeune homme ; quelques fautes qu'il commette à
cette époque que l'on apelle l'âge des folies, on
espère toujours qu'il les réparera, et s'il les
répare, tout est oublié. Dans la jeune fille au
contraire, non-seulement le mal, mais l'apparence même du mal
nuit au bonheur et à la réputation de toute la vie. il
n'est point permis à la femme de passer par les fautes pour
arriver à la sagesse : il faut qu'elle atteigne tout d'abord
à cette vertu dont on exempte volontier le jeune homme, pourvu
qu'il soit aimable. On exige d'elle la modestie, la discrétion,
la parfaite innocence ; et on lui demande cependant d'être
gracieuse et séduisante. On lui ordonne en quelque sorte de
plaire, mais on ne lui pardonne point de se plaire trop à
elle-même. Préparer la jeune fille à une vie solide
et active, sans amortir le feu de son imagination, sans comprimer sa
vivacité et sa grâce, cultiver son esprit et l'initier aux
belles choses sans encourager un fastidieux pédantisme ou une
funeste exaltation, l'élever dans la famille et pour la famille,
sans la rendre étrangère aux convenances et à
l'élégance du monde, telles sont les difficiles
conditions de l'éducation des femmes. Les uns, donnant beaucoup
et avec raison à la solidité, l'entendent souvent d'une
manière un peu étroite, n'attache point assez de prix, je
ne dis point à ce qui brille, mais à ce qui plaît,
et paraissent ignorer ou dédaigner ce je ne sais quoi qui fait
le charme de la femme. Les autres, plus mal inspirés encore,
prennent les dehors et les apparences pour des mérites
réels, travaillent à façonner des personnes
élégantes et brillantes, et non pas des personnes
vraiment aimables, oubliant que la grâce est une qualité
de l'âme et que le charme intérieur est le seul qui
attache et qui retient.

(
annotation Apj, ce qui suit est de toutes évidences lié
à l'époque de l'écrit. une époque ou la
technologie ne permettait pas la contraception. Une époque ou le
sort était souvent funeste, pour la jeune fille voulant
découvrir la vie. Ce jour, cette libertée accordée
au jeune homme, est aquise pour les jeunes filles, et de fait les mots
qui suivent ne sont que le reflet des anciennes chaines qu'ont du
porter nos ancêtres féminins. En aucun cas, nous ne
pouvons raisonner, ou appliquer ce qui suit sans faire preuve de
cruauté.)


Autant il nous a paru utile et sage de confier le
jeune homme à l'éducation publique, autant il semble
convenable de retenir la jeune fille à l'intérieur, et de
la laisser grandir sous l'oeil de la mère. Dans la vie des
hommes, l'instruction joue un grand rôle, et elle est une bonne
partie de l'éducation : on peut donc lui sacrifier
beaucoup ; or, il n'y a guère d'instruction satisfaisante
que dans les écoles publiques. Mais pour les filles,
l'instruction est bien moins importante ; et le fût-elle
davantage, elle ne pourrait compenser le danger des éducations
en commun.










La famille



Le mari




La femme



Le
père et la mère




L'enfant




Le
fils




Le
siècle et la famille




L’œuvre
de Paul Janet



















LE SIECLE ET LA FAMILLE


par Paul Janet

Messieurs,

J'ai p
résenté, dans la première
leçon de ce cours, le tableau de la vie de famille dans ses
joies, ses difficultés, ses épreuves, ses bienfaits et
ses douleurs. Puis, j'en ai fait l'histoire particulière, et le
mari et la femme, les parents et les enfants ont successivement
passé sous nos yeux. Il me reste un dernier tableau à
vous présenter, la famille au siècle où nous
vivons, la famille aux prises avec l'esprit de ce siècle, du
moins dans ce qu'il a de corrupteur et d'égaré.

Ce spectacle sera peut-être nouveau à quelques-unes des
personnes qui m'écoutent : qu'elles apprennent par ce tableau
à gouter le prix de la candeur et de la simplicité ;
qu'elles apprennent à compter pour rien les accidents ordinaires
de la vie au prix des maux incalculables que fait à l'homme
l'erreur ou la passion ; qu'elles apprennent enfin qu'elles ont un
rôle à remplir dans cette société malade, un
rôle d'apaisement, d'adoucissement, de guérison,
semblables à ces femmes héroïques qui de leurs mains
pures pansent les plaies horibles, et qui ne craignent point d'enfermer
leur courageuse innocence jusque dans les asiles de la corruption et du
châtiment.



La famille



Le mari




La femme



Le
père et la mère




L'enfant




Le
fils




La
fille




L’œuvre
de Paul Janet