LE MARI
Messieurs,
Nous avons dit, dans la
dernière leçon, que nous
prendrions l'une après l'autre chacune des personnes de la
famille pour lui faire sa part, lui prescrire son rôle, lui fixer
ses devoirs et ses droits. Or, la première personne qui se
présente à nous, c'est naturellement l'homme, le
père de famille, ou, pour employer une expression plus
générale, le chef de famille. Il y a deux personnes dans
le chef de famille : le mari et le père. Nous traiterons
aujourd'hui du mari.
(
annotation Apj, comme dans tous les système sociaux, il existe
différents moyens de gérer, de la dictature à la
parité. Je pense qu'il faut tenir compte qu'à
l'époque de l'écrit, l'idée était que les
cellules végétales étaient des corps simples,
c'est Claude Bernard qui démontra le contraire, de même
l'idée était que la pensée de la femme
n'était pas assez élevée pour être
considérée comme pensée humaine à part
entière. Depuis le droit de vote et depuis l'autorisation de
posséder un compte banquaire, a imposé une reconnaissance
naturelle de ce qui est aux femmes, a savoir se sont des êtres
douées de raison. En d'autres mots, ce n'est pas le sexe qui
fait l'Homme, c'est sa pensée, sa raison.) Le pouvoir, dans la famille, n'a
jamais été,
chez aucun
peuple, contesté à l'homme. Mais ne serait-ce point
là un long préjugé et une usurpation
traditionnelle ? Le momment n'est-ul pas venu de demander ses titres
à cette autorité comme à toutes les autres,
d'opposer à ce chef incontesté une nouvelle
déclaration des droits, enfin d'affranchir, et, comme on le dit,
d'émanciper la famille ?
D'abord, Messieurs, faut-il une
autorité dans la famille ? Il en
faut une, par cette première raison que, dans toute
société, une autorité est nécessaire. En
effet, les diverses presonnes qui composent une société
ont chacune leurs idées, leurs sentiments, leurs
intérêts divers ; et il est impossible que tous soient
d'accord. Qu'arrivera-t-il donc, s'il n'y a point de volonté
commune et unique qui fasse la loi ? Ou personne n'agira, ou tous
agiront en sens contraire. Mais il faut agir : l'inaction
entraînerait la ruine de la société. On agira donc,
mais en se divisant : or, cela même est déjà la
ruine de la société. Dans les deux cas, la
société périt, par inertie ou par anarchie. Il
faut, par conséquent, une autorité.
Outre ces raisons
générales, il y
en a de
particulières en faveur d'une autorité dans la famille.
Une société en général est composée
de personnes qui, prises en général, sont égales
entre elles. Mais la famille se divise en deux groupes
nécessairement inégaux : les parents d'une part, et de
l'autres les enfants. Or, quelque amoureux que l'on soit de
l'égalité humaine, on ne peut prétendre qu'il
doive y avoir égalité de volontés et de voix entre
ces deux groupes de personnes. Evidemment les enfants, qui ne peuvent
ni se mouvoir eux-mêmes, ni se nourrir eux-mêmes, ni enfin
s'instruire eux-mêmes, et qui, de bien longtemps, ne sont pas en
état, par leur inexpérience, de diriger leurs propres
actions, doivent être d'abord portés et nourris, puis
instruits et dirigés par d'autres : et à qui appartient
cette charge, et par conséquent ce pouvoir, sinon à ceux
qui, les ayant mis au monde, sont évidemment responsables de
leur existence ?
Par rapport à l'enfant, l'autorité des parents est une,
égale, solidaire : il doit également obéir
à l'ordre du père et à celui de la mère
sans discuter laquelle de ces deux autorités est
supérieure à l'autre. C'est à la sagesse des
parents de ne pas forcer l'enfant à soulever cette fatale
question, et de ne pas mettre son coeur en contradiction avec sa raison.
Mais cette question que l'enfant ne se pose pas, ou qu'il ne se pose
que très-tard et en tremblant, la philosophie et la morale
doivent se la faire. Car, entre deux personnes, même parfaitement
unies, il est difficile de rencontrer une constante uniformité
de vues, de sentiments et de volontés. Il faut donc une voix
prépondérante qui décide en dernier ressort, il
faut qu'entre ces deux personnes investies de l'autorité
domestique, l'une des deux ait le privilège de l'autorité
suprême.
Or, à quels titres se reconnaîtra cette suprême
autorité ? Ces titres sont la force et la raison. Evidemment, le
pouvoir appartient, dans la famille, à celui qui est assez fort
pour la défendre, et assez raisonnable pour la gouverner.
Ce n'est pas que je veuille en aucune façon faire reposer le
droit sur la force ; mais toute autorité a besoin de force pour
accomplir son devoir. Autrement ce n'est qu'une autorité
abstraite et impuissante. La force n'est donc pas le principe de
l'autorité, mais elle en est la condition.
C'est surtout à l'origine des familles et des
sociétés que la supériorité de la force
donne à l'homme un grand rôle à remplir, et par
là même un pouvoir incontesté : car la famille, mal
protégée par la société encore en enfance,
n'est guère couverte que par le bras de l'homme ; et si
l'autorité domestique est si puissante dans les
sociétés primitives, c'est qu'elle y tient en grande
partie la place de l'autorité politique. Mais, dans nos
sociétés civilisées, la famille court en
général si peu de périls matériels, que ce
rôle de défenseur armé de la famille a dû
perde de son importance. Cependant cette idée est encore
vivement empreinte dans l'esprit des classes populaires ; et, dans
toutes les classes, l'homme sait que c'est sur lui que repose la
tâche d'écarter ces périls, s'il se rencontrent. La
femme, héroïque à l'occasion, mais timide par nature
et par habitude, a besoin d'un défenseur qui défie pour
elle la violence et l'insulte. L'homme est le bras de la famille ; et
c'est une considération remarquable que, s'il n'en est point en
même temps la tête, il est réduit par là
même au rôle de serviteur mercenaire et de soldat
obéissant. Celui qui a la force, ne peut être que le
maître ou l'esclave ; alternative qui n'est pas vraie de la
femme, car elle peut ne pas être la souveraine maîtresse,
sans être pour cela la servante. Il lui reste un empire à
elle et une certaine souveraineté propre sur laquelle l'homme ne
peut empiéter sans injustice et ridicule.
La femme reconnaît volontier à l'homme le privilège
de la force ; mais je crains d'affliger une partie de cet auditoire en
plaidant encore pour celui-ci le privilège de la raison.
La famille
La femme
Le
père et la mère
L'enfant
Le
fils
La
fille
Le
siècle et la famille
L’œuvre
de Paul Janet



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